Bulletin trimestriel de la Campagne pour l’abolition de la peine de mort avril-juin 2026

Tendances mondiales et recours à la peine de mort pour des infractions liées à la drogue

Alors que les abolitionnistes s’apprêtent à se réunir à Paris pour le Congrès mondial contre la peine de mort (du 30 juin au 2 juillet), le paysage mondial se caractérise par un contraste marqué entre un recours excessif à la peine capitale, ancré dans une rhétorique autoritaire de « tolérance zéro » face à la criminalité, d’une part, et des progrès législatifs significatifs vers l’abolition, d’autre part.

Le rapport d’Amnesty International sur les condamnations à mort et les exécutions en 2025, publié en mai, confirme des tendances inquiétantes : en 2025, le nombre d’exécutions a augmenté de 78 % par rapport à 2024, avec au moins 2 707 personnes exécutées dans 17 pays (ce chiffre exclut la Chine, la République populaire démocratique de Corée et le Vietnam, en raison d’un manque de données disponibles). Parmi celles-ci, les autorités iraniennes ont procédé à au moins 2 159 exécutions, faisant un usage intensif de la peine de mort pour instiller la peur. De manière tout aussi préoccupante, on observe une augmentation spectaculaire des exécutions au Koweït (où le taux a triplé), ainsi qu’en Égypte, à Singapour et aux États-Unis (où elles ont doublé).

Le rapport d’Amnesty souligne également l’usage massif de la peine de mort pour des infractions liées à la drogue, qui a représenté 46 % des exécutions (1 257) en 2025, et qui est maintenue dans au moins 35 pays. À l’occasion de la Journée internationale contre l’abus et le trafic illicite de drogues 2026 (26 juin), l’Action mondiale des parlementaires a rejoint l’appel de 62 organisations de la société civile (déclaration disponible en anglais) à l’attention du Bureau des Nations Unies contre la drogue et le crime, de la Commission des stupéfiants et de ses États membres, pour condamner sans équivoque le recours à la peine de mort pour des infractions liées à la drogue et pour respecter les obligations internationales en matière de droits humains, notamment en adoptant des mesures concrètes visant à restreindre l’usage de la peine de mort en vue de son abolition totale.

Les parlementaires mènent des efforts pour abolir la peine de mort

Les parlementaires continuent de porter les progrès vers l’abolition. Au Liban, les commissions des droits humains et de la justice ont récemment approuvé un projet de loi visant à abolir la peine de mort, déposé par, entre autres, le député Georges Okais, membre de PGA. Bien que le Liban observe un moratoire sur les exécutions depuis 2004, cette récente impulsion législative vise à aligner le système pénal libanais sur les conventions internationales relatives aux droits humains et à garantir le respect des engagements du pays en la matière. Le projet de loi doit maintenant être adopté en séance plénière de l’Assemblée nationale.

Aux États-Unis, le sénateur Dick Durbin, membre de PGA, a de nouveau déposé un projet de loi visant à interdire la peine de mort au niveau fédéral (déclaration disponible en anglais). Cette initiative fait suite à la réintroduction des exécutions fédérales par décret présidentiel par l’administration étatsunienne actuelle (qui a levé le moratoire précédent), ainsi qu’aux récentes annonces concernant la réintroduction des pelotons d’exécution et l’élargissement des méthodes d’exécution pour inclure l’électrocution et le gaz létal pour les exécutions fédérales (des méthodes déjà utilisées dans certains États). Le projet de loi a été déposé à la commission de la justice de la Chambre des représentants (disponible en anglais).

L’engagement des parlementaires est essentiel à la réussite à long terme du mouvement abolitionniste. Les Philippines ont récemment célébré 20 ans depuis l’abolition de la peine de mort, un accomplissement et un maintien dus aux législateur·ice·s, y compris des membres de PGA, qui ont contré les tentatives de réinstaurer la peine capitale (disponible en anglais). Ces efforts soulignent qu’une action législative résolue reste un moteur vital pour un avenir sans peine de mort.

D’avril à juin 2026 en un regard

Développements positifs :

États-Unis d’Amérique :

o   Le sénateur Dick Durbin reintroduced a bill to ban the federal death penalty.

Inde :


o   Dans un jugement, la Cour suprême de l’Inde a réitéré que la peine capitale ne peut être imposée que lorsque l’emprisonnement à vie est « inévitablement exclu ». L’Inde est un pays qui maintient la peine de mort pour les crimes de droit commun.

Liban :

o   Les commissions des droits humains et de la justice ont approuvé un projet de loi visant à abolir la peine de mort. La Commission nationale des droits humains a également invité les autorités libanaises à envisager l’adhésion au Deuxième Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, visant l’abolition de la peine de mort. Le Liban est un pays qui maintient la peine de mort, mais observe un moratoire depuis 2004.

Trinité-et-Tobago :

o   Dans un jugement, le Comité judiciaire du Conseil privé a ordonné que l’État introduise des évaluations en matière de santé mentale pour les accusés de crimes graves, en particulier dans les affaires capitales.


Développements négatifs :

États-Unis d’Amérique 

o   Le Département de la Justice des États-Unis a ordonné aux prisons fédérales d’élargir les méthodes d’exécution, y compris les pelotons d’exécution, l’asphyxie par gaz et l'électrocution.

o   D’avril à juin 2026, un total de 9 exécutions ont été enregistrées, dont :

§  5 en Floride

§  2 au Texas

§  1 en Oklahoma

§  1 en Arizona

Iran :

o   Selon l'ONG Iran Human Rights, au moins 44 manifestants ont été condamnés à mort en Iran, dont deux femmes et trois mineurs de moins de 18 ans au moment de leur arrestation. Tous ont été reconnus coupables en relation avec les manifestations de janvier 2026 en Iran.

o   Depuis le début de l'année, au moins 363 exécutions ont été enregistrées.

Jordanie :

o   Six hommes ont été exécutés par pendaison, ce qui représente la première exécution de masse depuis 2017.

Royaume d’Arabie saoudite :

o   Au moins 65 migrants éthiopiens courent le risque d'être exécutés en Arabie saoudite pour des infractions liées à la drogue.

o   Dans une déclaration, des organisations de la société civile ont signalé que, depuis 2015, les exécutions ont dépassé 2 000, dont 42 % des personnes étaient des ressortissants étrangers. Elles appellent à un arrêt immédiat des exécutions en Arabie saoudite et à un examen complet de tous les cas conformément aux obligations internationales du pays.

Singapour :

o   Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a exprimé son inquiétude face à la poursuite de l’augmentation des exécutions pour des infractions liées à la drogue à Singapour, et a appelé à un moratoire immédiat sur le recours à la peine de mort.

Commission interaméricaine des droits de l’homme (CICDH) :

o   Le rapport annuel 2025 détaille les développements liés à l’abolition de la peine de mort dans tous les États membres et appelle les pays, notamment la Barbade, à abolir la peine capitale.


Rapports et ressources :

Conseil de l’Europe CoE) :

o   L'Observatoire du Conseil de l'Europe sur l'enseignement de l'histoire en Europe a mené une étude examinant si les systèmes éducatifs pourraient offrir une base plus solide pour soutenir l'abolition. Il constate que, bien que des exemples de peine capitale soient largement enseignés, les raisons de son abolition sont souvent absentes.

Death Penalty Project et l’Université de Dhaka :

o   Une nouvelle recherche met en lumière les défaillances systémiques dans l’efficacité et la qualité de la représentation juridique dans les affaires capitales au Bangladesh.

Droit et Paix, le Réseau des avocats camerounais contre la peine de mort (RACOPEM), et Ensemble contre la peine de mort (ECPM) :

o   Un rapport de mission d’enquête met en lumière l'expérience de ceux qui ont été condamnés à mort au Cameroun, ainsi que de leurs familles et de leurs avocats.

Iran Human Rights NGO (IHRNGO) et Ensemble contre la peine de mort (ECPM) :

o   Le rapport annuel sur la peine de mort en Iran révèle une escalade sans précédent de l’utilisation de la peine de mort par la République islamique en 2025, avec plus de 1 600 exécutions, soit une augmentation de 68 % par rapport à 2024.

Nations Unies et Conseil des droits de l’homme :

o   Le Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires a publié un rapport intitulé « La peine de mort du point de vue de l'interdiction de la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et de la protection de la dignité humaine ». Il démontre que la douleur physique sévère et la détresse psychologique font partie inhérente de la conception et de la mise en œuvre de toute peine capitale, et déclare sans équivoque que cette pratique doit être abolie immédiatement.

Nations Unies – Examen périodique universel – 52e session :
Lors de la 52e session, les États ont notamment recommandé au Niger, à Singapour, et à la Somalie d’abolir la peine de mort.

Pour plus d'informations ou pour savoir comment vous pouvez participer à la Campagne pour l'abolition de la peine de mort (ADP), veuillez contacter :

Mme Frederika Schweighoferova
Directrice,
Programme droit international et droits humains
E: 


Mme Olivia Houssais
Chargée de programme,
Programme droit international et droits humains
E: