Au dernier trimestre 2025, le mouvement pour l’abolition de la peine de mort a été confronté à une triste réalité. Le nombre d’exécutions a atteint des niveaux records, en particulier pour des infractions ne répondant pas au critère des « crimes les plus graves » (crimes intentionnels ayant des conséquences fatales ou extrêmement graves) requis par le droit international. Des tendances inquiétantes sont apparues dans toutes les régions :
- Une augmentation du nombre d’exécutions en Iran, en Arabie saoudite, à Singapour et aux États-Unis d'Amérique, parallèlement au recours continu aux exécutions publiques par les talibans en Afghanistan ;
- Des reculs législatifs, notamment l’extension de la peine de mort aux infractions liées au trafic de drogue aux Maldives, un projet de loi discriminatoire visant les Palestinien.ne.s en Israël et un amendement visant à rétablir la peine de mort au Burkina Faso.
Aujourd’hui plus que jamais, les parlementaires du monde entier doivent agir et se mobiliser. La peine de mort n’est pas un outil efficace dans la lutte contre la criminalité, elle est souvent appliquée de manière arbitraire et discriminatoire, elle constitue une forme de torture et elle ne garantit pas la sécurité. L’Action mondiale des parlementaires a souligné ce message lors de la 10e Journée mondiale contre la peine de mort dans sa fiche d'information intitulée « La peine de mort ne protège personne ». Ce document fournit aux parlementaires des arguments concrets pour contrer les discours dominants, tout en décrivant comment les gouvernements ont utilisé la « sécurité » comme un outil politique pour justifier la peine capitale.
Un aspect important du travail abolitionniste doit également aborder la dimension de genre de la peine de mort. Entre 500 et 1 000 femmes condamnées à mort dans 42 pays vivent dans des conditions déplorables. The Guardian (disponible en anglais) a publié les témoignages de cinq femmes condamnées à mort décrivant la nature intersectionnelle de leur situation et leurs conditions de détention plus difficiles, telles que la sécurité renforcée et l’isolement cellulaire. Pour en savoir plus sur la dimension de genre de la peine de mort et le travail de la Coalition mondiale
Malgré ces développements inquiétants, l’espoir reste alimenté par l’engagement des parlementaires du monde entier. L’honorable Musowa, député et membre de la PGA (Malawi), en a donné l’exemple lors de l’Examen périodique universel du Malawi, où l’Action mondiale des parlementaires et des partenaires de la société civile ont organisé une « Réunion d'information sur le processus d'examen périodique universel au Malawi : vers l'abolition de la peine de mort au Malawi et dans la région ». Cet événement a mis en lumière le chemin que parcourt le Malawi pour l’abolition, a permis de discuter des défis qui restent à relever et de partager les meilleures pratiques. À cette occasion, l’honorable Musowa a réaffirmé : « Je prends cet engagement en sachant d’où nous venons, en sachant ce que nous sommes capables d’accomplir et en sachant ce que nous sommes capables de faire en tant que Parlement malawien. »
La mobilisation a également été essentielle lors du cinquième congrès régional sur la peine de mort en Asie de l'Est, organisé par Ensemble contre la peine de mort à Tokyo (Japon), auquel le secrétariat de l’Action mondiale des parlementaires a participé, aux côtés d’anciens membres de PGA et d’alliés du mouvement abolitionniste, tel.le.s que l’honorable Oyungerel Tsedevdemba (Mongolie) ou Mario Marazziti (Italie). Des parlementaires japonais ont également assisté au congrès et se sont fermement engagé.e.s à rouvrir le débat sur l’abolition et à œuvrer en faveur d’une plus grande transparence dans les procédures relatives à la peine de mort, de la réforme judiciaire et de la coopération régionale.
L’espoir d’une avancée dans la région est également venu de Malaisie, où l’honorable Kulasegaran, vice-ministre de la Justice au sein du département du Premier ministre malaisien et membre de PGA, a annoncé le lancement d’une étude approfondie sur l’abolition de la peine de mort, qui débutera en janvier 2026. Cela pourrait représenter la première étape vers l’abolition totale de la peine de mort dans le pays.
L’année 2025 s’est donc terminée sur une note sombre, mais il convient de rappeler qu’à l'échelle mondiale, deux tiers des États membres de l’ONU ont aboli la peine de mort dans leur législation et près des trois quarts ont cessé les exécutions, notamment grâce à l’action et à l’engagement des parlementaires. Les progrès se poursuivent et la volonté de défendre les droits humains est évidente, comme le montre l’adoption, avec 31 voix pour, de la résolution sur la peine de mort au Conseil des droits de l'homme.
Pour plus d’informations sur la Campagne pour l’abolition de la peine de mort ou pour participer aux efforts mondiaux de PGA en faveur de son abolition, veuillez contacter le secrétariat.
Développements positifs
Le Comité des ministres (l’organe décisionnel du Conseil de l’Europe, composé des ministres des Affaires étrangères de tous les États membres) a adopté une série de décisions révisant les mesures existantes contre le commerce des biens utilisés pour la peine de mort, la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, y compris des mesures supplémentaires visant à renforcer leur mise en œuvre.
Kirghizistan :La Cour constitutionnelle a jugé inconstitutionnelle la proposition du gouvernement de rétablir la peine de mort pour les crimes contre les femmes et les enfants, déclarant que « le rétablissement de la peine de mort est inacceptable et juridiquement impossible », car il constituerait une violation de la garantie constitutionnelle du droit à la vie et une violation des obligations internationales du Kirghizistan en matière de droits humains.
Malaisie :Le gouvernement malaisien a annoncé qu'il lancerait une étude approfondie sur l'abolition de la peine de mort à partir de janvier 2026. Cette annonce fait suite à la décision prise en 2023 d’abolir la peine de mort obligatoire et d’en réduire la portée. Selon Amnesty International, en 2025, 97 personnes sont toujours dans le couloir de la mort, dont 47 en attente d’un appel.
Soudan :L’avocat et défenseur des droits humains Montaser Abdullah, qui offrait une assistance juridique aux victimes de violences sexistes et risquait la peine de mort, a été libéré après avoir été acquitté par le tribunal pénal de Port-Soudan. Montaser Abdullah était accusé d’espionnage et avait nié les faits qui lui étaient reprochés. Depuis le déclenchement de la guerre au Soudan en 2023, les avocats ont été parmi les personnes les plus visées par les deux parties belligérantes, notamment dans des cas de détentions arbitraires, de disparitions forcées, de torture et d'exécutions arbitraires.
Développements négatifs :
Les autorités de facto talibanes ont procédé à de nouvelles exécutions publiques, portant à au moins 12 le nombre d’exécutions publiques depuis la prise de pouvoir des talibans en août 2021. La communauté internationale et les experts des Nations Unies, notamment le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme en Afghanistan, ont condamné ces exécutions publiques et ont appelé les autorités de facto à imposer immédiatement un moratoire et à abolir la peine de mort.
Bangladesh :Le Tribunal pénal international a condamné par contumace l’ancienne Première ministre du Bangladesh à la peine capitale pour crimes contre l’humanité. Elle a été reconnue coupable d’avoir ordonné une répression meurtrière contre une manifestation étudiante en 2024, qui a fait au moins 1 400 morts et des milliers de blessés, la plupart par des tirs des forces de sécurité. La peine de mort a été condamnée par des organisations de la société civile, notamment le Réseau asiatique contre la peine de mort, qui a rappelé que « la peine de mort ne renforce ni la responsabilité ni l'état de droit ».
Burkina Faso :Le gouvernement du Burkina Faso a adopté un projet de loi visant à réformer le Code pénal, qui prévoit le rétablissement de la peine de mort pour des infractions telles que la « haute trahison », le « terrorisme » et les « actes d’espionnage », sept ans seulement après avoir aboli la peine capitale pour les crimes de droit commun. Le projet de loi a été transmis à l'Assemblée législative de transition. Les organisations de la société civile exhortent l’Assemblée législative de transition à s’opposer à la réintroduction de la peine de mort dans le Code pénal, car cela représenterait un grave recul pour les droits humains dans le pays et l'État de droit.
États-Unis d'Amérique :En 2025, 47 exécutions ont eu lieu dans le pays, soit le niveau le plus élevé depuis 16 ans. Parmi les méthodes utilisées figurait l'exécution par gaz azote en Alabama et en Louisiane, bien qu'elle soit considérée comme un traitement cruel, inhumain ou dégradant et comme une forme de torture.
D'octobre à décembre 2025, 13 exécutions ont été enregistrées, dont :
- 6 exécutions en Floride ;
- 1 exécution dans l'Indiana ;
- 1 exécution dans le Missouri ;
- 1 exécution dans le Mississippi ;
- 1 exécution en Arizona ;
- 1 exécution en Alabama ;
- 1 en Caroline du Sud ; et
- 1 dans le Tennessee.
Selon l’ONG Iran Human Rights, au moins 1 500 personnes ont été exécutées en 2025 (dont au moins 700 pour des infractions liées à la drogue), soit le nombre le plus élevé depuis la fin des années 1980 et une augmentation de 106 % par rapport à 2024. De nombreux acteurs, dont la mission d’enquête des Nations Unies, se sont alarmés de la recrudescence de la répression et des exécutions, en particulier depuis les frappes aériennes israéliennes de juin, qui ont été suivies d'une répression gouvernementale qui a encore « restreint l’espace civique, compromis le respect des procédures régulières et érodé le respect du droit à la vie ». La mission d'enquête a noté que la plupart des cas de peine de mort examinés semblent contraires au droit international des droits humains, violant ainsi le droit à la vie.
Le Conseil des gardiens a approuvé une nouvelle loi anti-espionnage qui alourdit les peines pour espionnage et collaboration avec Israël et les États-Unis, y compris la peine de mort.
Israël :La Knesset (le parlement israélien) a approuvé en première lecture un projet de loi visant à introduire la peine de mort obligatoire pour les Palestinien.ne.s reconnu.e.s coupables d’attaques meurtrières contre des Israélien.ne.s. Le projet de loi doit encore être examiné deux fois avant d'être adopté. Il a suscité de vives inquiétudes parmi les organisations de défense des droits humains et le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk, a exhorté les autorités israéliennes à ne pas adopter ce projet de loi, rappelant son caractère discriminatoire et son incompatibilité avec les obligations d'Israël en vertu du droit international.
Koweït :Une nouvelle loi antidrogue étend la peine de mort à au moins 10 infractions liées à la drogue, y compris pour les récidivistes.
Maldives :Le Majlis du peuple (parlement des Maldives) a adopté une loi étendant le champ d’application de la peine de mort aux infractions liées au trafic de drogue par le biais d’amendements à la loi sur les stupéfiants. Des organisations de la société civile, dont l’Action mondiale des parlementaires, se sont jointes à l’appel lancé par l’Anti-Death Penalty Asia Network au gouvernement des Maldives pour qu’il abroge cet amendement, maintienne le moratoire sur les exécutions et adopte un plan clair en vue de l'abolition totale.
Royaume d'Arabie saoudite :o Au moins 356 personnes ont été exécutées en Arabie saoudite en 2025, faisant de cette année « l’année la plus sanglante en matière d’exécutions dans le royaume depuis le début du suivi », selon Reprieve. Parmi celles-ci, au moins deux tiers ont été condamnées pour des infractions liées à la drogue, en violation des normes et standards internationaux. Parmi les autres cas importants, on peut citer celui d'un journaliste et de deux personnes qui étaient mineures au moment des faits qui leur sont reprochés, liés à des manifestations.
Singapour :En 2025, au moins 17 personnes ont été exécutées, la plupart pour des infractions liées à la drogue. Il s’agit de l'année la plus meurtrière depuis 2003, selon l’ONG Capital Punishment Justice Project.
Tunisie :Un homme a été condamné à mort pour avoir publié sur les réseaux sociaux des messages critiquant le président. L’homme a bénéficié d'une grâce présidentielle une semaine plus tard, mais cette condamnation sans précédent pour expression non violente soulève de sérieuses préoccupations quant aux restrictions à la liberté d'expression et à l'état de droit dans le pays.
Nouveaux rapports et ressources :
La CADHP a adopté le rapport d'activité du Groupe de travail sur la peine de mort, les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires et les disparitions forcées en Afrique. Ce dernier confirme la tendance majoritairement abolitionniste sur le continent africain, tout en soulignant les préoccupations relatives à l’équité des procédures dans les États qui maintiennent la peine de mort et à la mesure dans laquelle le maintien de la peine de mort viole l’interdiction de la torture et des autres traitements cruels ou inhumains.
Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH)La FIDH a publié un nouveau rapport sur la peine de mort en Asie (2020-2025), intitulé « Une injustice persistante ». Elle constate que dans la plupart des pays abolitionnistes d'Asie, la peine de mort reste en vigueur pour des infractions qui ne répondent pas au critère des « crimes les plus graves au regard du droit international ».
ONU – Examen périodique universel – 50e session :Les États ont formulé des recommandations visant à abolir la peine de mort au Bélarus, en Jamaïque, au Libéria, en Libye, au Malawi et aux Maldives.
ONU – 60e session du Conseil des droits de l'homme :Le Conseil des droits de l’homme a adopté la résolution sur la question de la peine de mort, par 31 voix pour, 8 abstentions et 7 voix contre. La résolution exhorte les États à protéger les droits des personnes condamnées à mort, à respecter les normes internationales qui prévoient des garanties assurant la protection des droits humains des personnes condamnées à mort, à garantir des procès équitables et à envisager d'adhérer ou de ratifier le deuxième protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, visant à abolir la peine de mort.


